[ LYRICS DECRYPTOR ] : « Les billets » de Fanicko, le choix maladroit de l’incohérence

Fanicko revient avec une chanson intitulée « les billets ». Celui qui débute ses textes en s’écriant « De Jesus », reste toujours dans le genre qui l’a révélé un grand public, le Rnb/Hip-Hop. Parce que certainement, l’on nous répondra que nous ne savons pas chanter, nous ne nous attarderons pas sur le fait que la chanson est dopée à l’autotune. Et puis de toutes les façons, c’est la tendance. Ainsi ferons-nous ce que nous savons faire le mieux… décrypter les paroles de cette chanson.

L’entrée en scène de la victime

D’entrée de jeu, il faut dire que le titre parait assez révélateur : « les billets ». On s’attend tout de suite à une chanson qui fera l’apologie de la belle vie, peut-être du gain facile, peut-être de la réussite après un dur labeur… Mais non, Fanicko semble être très agile pour les pirouettes. Il dénonce ici les hommes qui ne sont pas prêts à jouer franc jeu avec les femmes, c’est à dire en allant jusqu’au mariage. Ou peut-être parle-t-il des hommes qui ne sont pas prêts à dépenser, comme laisse entendre le refrain.

“Forcé on va dépenser

Les billets les billets, on va dépenser

Tu veux gérer la go, il faut dépenser

Tu veux rouler en Merco, il faut dépenser iiiehhh

Forcé on va dépenser

Les billets les billets, on va dépenser

Tu veux gérer la go, il faut dépenser

Tu veux rouler en Merco, il faut dépenser iiiehhh”

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’addition risque d’être très salée. Le titre, à savoir, « les Billets », revient quatre fois et « dépenser » huit fois, seulement en huit vers (à chaque vers/verre on dépense… pas mal !). Ce procédé a l’avantage d’insister sur le message. Et ce n’est pas l’usage du mot « forcé » qui viendra nous faire croire que nous avons le choix. Mais le hic ici, c’est que lorsque l’on poursuit la chanson, le message semble prendre une autre tournure. Progressons, ou plutôt régressons pour comprendre quelque chose.

Le premier couplet plante le décor d’une histoire plutôt classique. Une histoire que tous les genres ont déjà abordée.

“Tu l’as connu célibataire.

Dans sa vie, elle n’avait sonne – per

Elle a perdu sa mère

Dans sa tête, c’est Bagdad Embrouillée, elle se débrouillait

Tout c’qu’elle voulait c’est un gentleman”

Il s’agit ici de la jeune fille sérieuse qui rencontre un « bad boy ». Celui-ci fait briller l’amour dans ses yeux, au point qu’elle pense avoir rencontré l’homme tant attendu. Mais il finit par laisser tomber son masque, alors que tout ce qu’elle voulait, c’est « un gentleman ». Fanicko aurait réussi à nous raconter à sa manière, une histoire que nous ne connaissons que trop bien s’il n’avait pas choisi de nous vendre deux personnes au prix d’une.

La pirouette pour entrer dans le vif du sujet

Quand on poursuit la chanson, on est en droit de se demander si celle que Fanicko fait passer pour une victime, n’est pas en réalité une « zakounana » comme il l’aurait peut-être dit lui-même. Jetons-y un œil.

Tu gères la go mais tu ne gères pas les billets Téma la meuf comment elle est bien habillée Tu prends pas soin d’elle on viendra te la piquer Mais allo on est où la surtout faut pas paniquer / On dirait que tu ne connais pas les vraies gos Elle va laisser la petite Audi pour la lambo Laisse là laisse là aller Plus tard tu comprendras qu’elle n’est plus à ton niveau

Subitement, la demoiselle innocente serait victime d’un homme avare. Subitement, elle se plaindrait du fait que son homme ne « gère pas les billets », elle qui est si « bien habillée ». Mais il faut préciser que ses ambitions sont énormes, car « elle va laisser la petite Audi pour la lambo ». Déjà qu’une Audi n’est pas à la bourse de toute le monde… Il apparait clairement que son goût du luxe est très prononcé. Et puis, l’usage de « tu veux gérer la go, il faut dépenser » laisse vraiment penser que l’argent peut suffire à l’avoir cette « go », pourtant, elle avait été présentée comme celle qui ne veut que d’un gentleman… qui roule en Lamborghini en réalité. Et la chanson continue…

Elle est tombée VE – lo elle t’a mis sur petit Vélo. Tu lui as fait un ALLO mais elle ne te reconnait pas La roue a tourné maintenant t’es déséquilibré 1 de perdu 2 de perdu, 10 de retrouvé Elle a refait sa vie

J’avoue que je suis tombé sous le charme du bel usage du verlan de love ici, pour rimer avec Vélo. Techniquement c’est bien trouvé. Plus loin, l’apparition de « Allo » vient donner une belle touche mélodique aux deux vers avec la récurrence du son « lo ». Côté fond, on apprend que la victime (?) a refait sa vie.

Le pire pour la fin…

Le troisième couplet, le dernier, est le couplet le moins élaboré et là c’est un euphémisme que de le dire. Pour tout vous dire, c’est le couplet qui gâche hautement la chanson et renforce l’incohérence au niveau du texte.

Oh mais ça va aller Regarde la s’en aller Va te faire foutre si tu n’as pas la money Les gens comme toi je n’en veux plus dans ma vie Si t’as les loves laisses moi t’aimer Peux – tu dépenser sans compter?

On a clairement l’impression que Fanicko nous présente une personne purement et simplement matérialiste, qui fait passer le « money » avant tout :

« Va te faire foutre si tu n’as pas la money ». Et puis, un détail plutôt subtil apparait dans le vers suivant : « Les gens comme toi je n’en veux plus dans ma vie ».

Il aurait pu choisir de parler lui – comme une interprétation, ou une focalisation externe, plutôt que de la faire parler elle ( les gens comme toi elle n’en veut plus dans sa vie ). Ca resterait parfaitement dans la logique des deux vers précédents (Oh mais ça va aller / Regarde la s’en aller). Mais non, il y va de façon plutôt frontale et ce choix, vient jeter le discrédit sur celle qui, au début a été présentée comme une personne qui s’est faite abuser. Fanicko nous sert une chanson qui souffre d’incohérence dans la construction de son histoire, et même au niveau du profil de son personnage clé. D’ailleurs, le clip viendra conforter cette thèse en nous donnant l’impression que la jeune fille est un peu forcée par son père, à choisir celui qui « peut dépenser sans compter ». Une chose qui est complètement en opposition avec la fin du texte.

 

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