Dures, dures « les histoires de monnaie » dans le quotidien abidjanais

Très peu de personnes sinon aucune, ne peut affirmer qu’elle n’a jamais été confrontée aux problèmes de monnaie (les jetons) à Abidjan. Dans les commerces, ces cas sont légions. Ou le commerçant refuse de vous offrir ses services car ne disposant pas de monnaie, ou vous vous retrouvez à prendre RDV avec lui pour la récupérer. Même au niveau du péage du 3e pont, la monnaie pose problème.

La monnaie, un fonds de commerce

La monnaie est devenu tellement rare que des activités ont fini par se développer autour. N’allez pas croire que les individus qui les pratiquent battent monnaie, non et heureusement d’ailleurs. Leur business à eux, c’est de vous fournir de la monnaie moyennant une contrepartie (forcement !). Pour illustration, une dame qui prospère dans la restauration a expliqué il y a de cela peu, que pour faire tourner ses activités, elle se ravitaille dans des stations-services.

Un billet de 5.000 francs par exemple se “casse” à 100 Francs, celui de 10.000 francs à 200 Francs… Et ce n’est pas le seul endroit. Tenez, les vendeuses de papier clinex, vous les connaissez ? Elles se tiennent généralement au niveau des gares, là où la monnaie devient un trésor. Leur astuce à elle, c’est de vous attirer vers leurs produits, non pour sa qualité ou parce que vous en avez besoin, mais bien pour la monnaie que vous « gagnerez » en retour.

Clairement elles vous interpellent ainsi : « Il y a lotus hein, 10.000, 5.000 il y a monnaie » Traduction : Si vous leur tendez un billet de 10.000 francs, vous devrez acheter 3 paquets de clinex (300 francs), pour 5000 francs, vous en prendrai 2 lotus et pour 2000 Francs, 1. Enorme ! Regardez toute la monnaie qu’elles vous fournissent. C’est une solution qui n’en est pas une car le problème se trouve (déplace) ailleurs.

L’exemple du 3e pont

Lorsque vous vous rendez dans un commerce, que vous ayez sur vous de la monnaie ou pas, votre premier objectif est de “casser ce gros billet” que vous avez. Du coup, chacun cherche à préserver sa monnaie. Et ce ne sont pas les opératrices du péage du 3 e pont qui vous diront le contraire. Cet endroit est presque devenu un dispositif à monnaie. Pour un passage qui est facturé à 500 francs ou 1000 francs, le conducteur paie avec une coupure de 10.000. Avec un, deux, trois clients qui le font, la situation est encore gérable, mais quand tout le monde s’y met, à un moment on frôle le pire. En témoigne le fait que depuis le 17 novembre 2015, il a été annoncé officiellement que les billets de 10.000 francs et de 5.000 francs n’y seront plus acceptés.

J’avais tellement été choqué par cette décision que j’ai essayé de comprendre. Suite à mes interrogations j’ai pu avoir une explication non officielle mais tout de même plausible d’une personne qui y travaille : « Il se trouve que la BCEAO ne peut plus approvisionner le pont. Le pont HKB est la seule entreprise qui consomme à l’excès la monnaie dans tout l’UEMOA ! C’est le seul lieu ou on te fait la monnaie sur 500 francs pour 10000 francs.» Pourtant « Même au marché les femmes refusent, si tu n’as pas la monnaie exacte, tu passes ton chemin. »

De plus, cette personne m’a fait comprendre que la décision permettra un tant soit peu d’améliorer le trafic au niveau du péage : « Le refus des grosses coupures améliora un peu la qualité du service. En moyenne un péager peut mettre une à deux minutes voir plus, pour une transaction et là on arrivera facilement au “stop and go” qui dure environ 30s. »

Relation de cause à effet

Une chose est certaine, les discussions ne finiront pas de s’accentuer entre commerçants qui exige la monnaie et clients qui désirent que l’on leur en fasse. Tant que cette monnaie sera le fonds de commerce de certaines personnes la situation perdurera. Il serait peut-être intéressant d’inclure un peu plus les moyens de paiement électronique, en l’occurrence le Mobile Money, dans nos transactions régulières. Dans le transport par exemple.

Quant à la solution qui est préconisée à tout bout de champ comme s’il s’agissait de prendre les billets de banque et simplement les découper en petits morceaux : « mais les gens de la banque là, qu’ils fassent beaucoup plus de monnaie et puis c’est fini », elle demeurera toujours un peu complexe.

Entre nous, qui aimerait être payé à la fin du mois en pièces de 100 francs ?

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