AMERICAN DREAMER : Comment je me suis projeté dans la tête du personnage principal pour faire un slam

Il y a un peu plus d’un an, j’ai été invité à faire une déclamation lors d’un événement littéraire organisé par la blogueuse ivoirienne Yehni Djidji : Livresque. Mon texte devait porter sur le livre de Marina Niava intitulé American Dreamer. 

Très rapidement, je vais essayer de vous présenter le contexte du livre. Il s’agit du récit d’un jeune ivoirien du nom de Saliou, qui part vivre aux Etats-Unis. Là-bas, il se découvre un pouvoir pour le moins insolite. Il a la capacité de voir le rêve des autres (les scanner), mais à une condition bien particulière. Il doit d’abord coucher avec cette personne.

Evidemment, il m’a fallu lire entièrement le livre. D’ailleurs,  je l’ai apprécié énormément. Je ne mens pas [ juste pour la beauté du son 🙂 ]  Ensuite, il me fallait trouver une porte d’entrée. Sans trop réfléchir, je me suis agrippé au personnage principal. Je pouvais très bien exploiter son pouvoir extraordinaire. Passé cette étape, il me fallait organiser mon approche, la structurer et surtout l’agrémenter. Dans un premier temps, je devais trouver le fond de mon message. J’ai alors identifié deux problèmes majeurs : le peu d’intérêt pour les livres et les conflits entre frères d’un même pays. Comment y arriver ? Je suis allé sur un sujet en apparence vague mais combien représentatif pour le livre : le rêve.

De là, j’ai pu introduire la faculté de mon personnage. Mais il y avait un problème. Il me fallait l’adapter à la circonstance. Souvenez-vous que notre personnage, Saliou, ne peut “scanner” une personne qu’après avoir couché avec elle. Et puisque je voulais faire participer le public, je devais trouver autre chose. Forcement ! J’ai galéré sur ce coup, puis, il eut un déclic. Et s’il lui suffisait simplement de fixer une personne pour voir ses rêves ? Pas mal non ? Je l’ai donc adopté. Le reste du travail a consisté à jouer avec les mots pour sortir ce texte.

L’auteure du livre, Marina Niava (gauche) et Yehni Djidji / © Livresque 

 

My name is Saliou ! I want to ask a question
Oh Sorry ! Je peux très bien m’exprimer en français
Je l’ai juste fait pour tester votre sens du snobisme
J’ai voulu faire genre… vous savez, cette façon de faire l’intéressant juste pour le fun
Laissez-moi donc vous poser cette question

Que feriez-vous s’il vous était permis d’aller en mission dans des rêves, sans permission ?
Que feriez-vous si vous aviez mon pouvoir ?
Enfin, c’est un devoir pour moi de l’appeler ainsi
Un pouvoir de rêve
Un pouvoir pour voir dans les rêves!
N’y voyez pas juste un jeu de mots

Dans la vie, il y a ceux vivent leurs rêves,
Il y a ceux qui rêvent leurs vies
Et il y a ceux qui comme moi, vivent le rêve et rêvent la vie des autres
Pour voir dans des rêves, ce n’est pas bien compliqué quand on a ce pouvoir
Mais les effluves de ce difficile manque de complexité restent gravés dans la mémoire
Si on n’y prend garde, on y laisse son intégrité en pourboire
Et moi j’y suis passé, peut être assez…J’y suis un peu trop passé
Je vous explique… comment scanner

Pour scanner, d’abord, il faut qu’il y ait un contact
Le genre de contact qui met en éveille tous les sens qui font l’essence même de l’homme
Puis, couché près d’elle, la magie se produit
C’est l’ascenseur ! Nous décollons ! Les images m’apparaissent d’abord de façon saccadée, comme une traversée du désert à pas saccadés, une quête de liberté à peine scandée
Avant que je n’atterrisse dans son rêve
Là je navigue, au gré du tempérament de son inconscient
Et quand tout s’arrête, c’est à moi de décider de la suite des événements
Mon pouvoir, avec le temps, il a beaucoup évolué et cela sans assistance
Désormais, il me suffit simplement de vous fixer, dans les yeux avec instance
Pour voir, pour déceler vos rêves les plus enfouis
Voulez-vous tenter l’expérience ?

Voyez-vous la jeune dame là devant ? Son cœur est plein d’espérance
C’est l’ascenseur ! Nous décollons ! Les images m’apparaissent d’abord de façon saccadée, comme une traversée du désert à pas saccadés, une quête de liberté à peine scandée
Puis, il y a une lumière, elle balbutie, puis… elle devient plus nette, nous y sommes
C’est le moment ou l’esprit monte et descend dans le monde parallèle
Ses rêves s’offrent à moi comme une innocente amoureuse

Et puis il a fallu rendre tout cela au public / © Livresque 

Je je je… j’ai du mal à distinguer…. je je je
Je la vois assise dans une bibliothèque, des piles de livre qui l’habillent des pieds à la tête
Un sourire lui balafre le visage… Elle marmonne quelque chose que j’ai du mal à attraper de l’oreille… Elle murmure ses rêves gravés dans ce mur… Elle hurle son envie de liberté, son besoin de partager sa soif d’instruction, son amour pour la culture dans un pays qui s’enfle d’orgueil, là ou vendre du cacao pour ensuite exporter du chocolat à prix d’or présage le développement… pardon, l’émergence, un pays qui dort. 
Puis nous arrivons sur le rivage, là où se séparent les visages… C’est la fin !
La fin de son rêve ou plutôt la fin de son rêve pour moi

Qui d’autre voudrait tenter l’expérience ?
Vous ?

C’est l’ascenseur ! Nous décollons ! Les images m’apparaissent d’abord de façon saccadée, comme une traversée du désert à pas saccadés, une quête de liberté à peine scandée
Puis, il y a une lumière, elle balbutie, puis… elle devient plus nette, nous y sommes
C’est le moment ou l’esprit monte et descend dans le monde parallèle
Vos rêves sont nombreux !
J’aperçois à travers la fente de vos souvenirs, un tableau immaculé
Puis puis, vous, un pinceau en main, vous déversez votre venin
Votre peine longtemps enfouie
Le tableau s’habille de rouge, de noir, de bleu, de jaune, de vert, il devient arc-en-ciel
Il devient douleur… Il y a comme un fossé qui peine à se fermer
Vous avez mal de voir les fils d’une même mère se laisser entrainer par des considérations politiciennes
Entrainer comme de vulgaires pions par des gens que tout semble opposer mais qui en réalité sont tous des amis… jusqu’à ce que les barreaux d’une cellule les sépare
Puis l’image se brouille, il n’en reste plus que des soupçons de présence
C’est la fin !

Qui d’autre voudrait tenter l’expérience ?
Vous ?

A quoi me servira-t-il de vous scanner si en définitive, je ne peux rien y changer ?
C’est à vous qu’il revient de faire vivre vos rêves
Et quand ces rêves vous empêcheront de dormir, faites une trêve, puis lever vous pour aller les réaliser

Il est dit que la valeur d’un homme se mesure à la hauteur de ses rêves
C’est peut-être pour cela que rêver donne des ailes à certains
Si vos rêves vous empêchent de dormir
Faites une trêve…
Et, levez-vous pour aller les réaliser

Mais avant, laissez-moi vous poser cette question
Que feriez-vous s’il vous était permis d’aller en mission dans des rêves, sans permission ?
Que feriez-vous si vous aviez mon pouvoir ?
Enfin, c’est un devoir pour moi de l’appeler ainsi
Un pouvoir de rêve
Un pouvoir pour voir dans les rêves!
N’y voyez pas juste un jeu de mots

 

Alors comment avez-vous trouvé cette approche ? En tout cas je vous recommande le livre.

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